Yannick Monget : L'Humanité a oublié qu'elle avait des devoirs

  

La Semaine Grand Est • Auteur, artiste numérique, Lanceur d’alertes sur les changements climatiques, défenseur du vivant président d’association, opposant du nucléaire... Le Lorrain Yannick Monget est — parfois malgré lui — sur tous les fronts. A l’occasion de la Cop 21 qui se tient actuellement à Paris jusqu’au 11 décembre, il présente une nouvelle exposition, [...] et signe un nouveau roman, Résilience.

 

Yannick Monget parle vite et beaucoup. Tellement qu’on craint, en plein milieu de cet entretien, que cela parte dans tous les sens, parce qu'il a beaucoup à dire et donne à penser sur de nombreux sujets. Climat, pollution, protection du vivant, océans agriculture, protection animale, consommation, FN. terrorisme* industrie du nucléaire, énergies renouvelables... Tout serait lié, selon lui. Il déteste le fait que seules certaines personnes puissent influer sur le sort de la planète. L’idée d’un pouvoir rassemblé entre des mains inconscientes est plus grave à ses yeux que l’incompétence de ces mêmes mains. Il cite des noms, dénonce des comportements, encourage des pratiques et des éveils au grand jour chez les consommateurs. Il est vite pris dans l'emphase d’un propos. Comme beaucoup de grands écorchés vifs, il souffre de ne pas avoir trouvé la solution idéale pour changer le monde, mais se défend d'être un idéaliste parce qu’il a organisé toutes ses activité, sa vie personnelle au service d'une cause qu'il juge « dramatiquement prioritaire ». Nous l'avons interrogé sur les thèmes qui le font réagir, entre colère et main tendue, « parce que le problème fondamental de nos sociétés est celui de la compassion » et que « toute avancée de I'Humanité a commencé avec le rêve » déclare-t-il en guise d'introduction sur chaque tribune qui lui est donnée.

 

Cop 21

 

Pour marquer l'engagement de Pans dans la COP21, Anne Hidalgo a commandé à Yannick une exposition, Visions, qui est actuellement présentée su les grilles de l‘Hôtel de Ville, jusqu’au 30 Janvier et ouvre un débat plus large que celui du climat. « Au départ, je ne voulais pas participer aux projets de la COP21 parce que je trouvais qu'elle se focalisait trop sur l'aspect climatique du problème environnemental. Selon moi, l'aspect anthropique est au cœur de la crise écologique mondiale [...] explique-t-il dans ses livres d'images infographiées : Demain la Terre (2006) et Terres d’avenir (2009). Les images qui y figurent ont été numériquement retravaillées pour Illustrer sa vision du changement climatique. Le travail s’est appuyé sur les rapports du GIEC. Les deux premiers ouvrages publiés aux très prestigieuses Editions de la Martinière ont par la suite tait l’objet d’expositions itinérantes, à l’instar de Visions. Celles-ci ont inspiré des urbanistes et des architectes du monde entier. Yannick est persuadé que les messages véhiculés par l’art sont opportuns pour taire passer les messages de la science, par nature bruts et abscons, auprès des populations. « je sais qu’une image vaut 1000 mots ne veux pas juste être un lanceur d’alertes. je veux réveiller les gens, plus que les pouvoirs publics et les décideurs. Je crois que Le vrai pouvoir de changer réside dans les choix des consommateurs, leur meilleur bulletin de vote est dans leur liste de courses. »

 

Déclaration des droits et devoirs de l'humanité

 

François Hollande a chargé Conne Lepage, avocate, et fondatrice de Cap2l, de travailler sur ce projet. [...] « Dans la déclaration, le mot devoir est le plus important. Elle va plus loin que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme car elle inclut la notion de protection du vivant et la notion de génération, la transmission d’une responsabilité envers la planète. » Pendant La Cop 21, la DDDH sera présentée, puis débattue à L’ONU. Le projet de déclaration a été présenté au Palais d’Iéna le 2 novembre dernier. A cette occasion, Yannick Monget a installé en avant-première quelques images de l'exposition Visions. De nombreuses personnalités lui ont témoigné son soutien, parmi lesquels Yann Arthus-Bertrand, Allain Bougrain-Dubourg ou Jean-Michel Cousteau. « [...] Je reste persuadé que l’environnement est un bon vecteur pour lier les pays en guerre autour de problématiques communes telles que la protection de la ressource en eau. L'obscurantisme terroriste et le combat contre le réchauffement ont un point commun: les deux ne font pas le tri dans les victimes*.»

 

Engagé mais apolitique

 

Yannick porte en lui des convictions passionnées, dispose de passerelles diplomatiques qui pourraient lui faire nourrir d’autres ambitions. La liste de ses “amis” est impressionnante, et va jusqu’à tutoyer certains acteurs et réalisateurs américains, des chercheurs et scientifiques des quatre coins du monde, d’anciens ministres, des astronautes historiques et des explorateurs de l’impossible. Pourtant il s’en défend car il n’aime pas les étiquettes et ne se retrouve dans aucun parti idéologique. Tenté par La politique ? Non merci, L’homme est un électron libre, il préfère aller chuchoter à l'oreille des grands de ce monde. Il tient quand même à dire un mot à propos du FN... ce qui L’amène à aborder le problème de la crise des migrants : « Il y a un manque de recul. C’est humain d’avoir parfois des réactions excessives. Mais quand on replace la vie sur terre au regard de l’histoire de la planète, les frontières n'ont pas lieu d’être. De part et d’autre, on retrouve les mêmes écosystèmes. Je n’entends pas le programme du FN sur la question environnementale. Je ne les entends pas sur le nucléaire en général. La crise des migrants ce sera notre crise demain, quand nous serons tous des réfugiés nucléaires. » Nous voici arrivés sur son cheval de bataille : L'indépendance énergétique [nucléaire] est un leurre, tout notre uranium provient de pays extérieurs comme le Mali par exemple. Avec ou sans accident, le nucléaire va couler la France car les prix vont s’envoler, sans compter le coût de l’entretien et de la gestion des déchets. [La création d‘EPR de nouvelle génération est irresponsable].

 

Le dernier roman de Yannick Monget, Résilience, a pour toile de fond La question du nucléaire, dans un futur où l‘imagination n’a jamais été aussi proche de la réalité. Il sera disponible, toujours aux éditions de La Martinière, dès Le mois de février, dans toutes les Librairies.

 

Selon Les Lois de La physique, tout système en déséquilibre revient à L’équilibre à un moment ou à un autre. La loi ne dit pas à quel prix cet équilibre doit se rétablir, il semble que l’humanité soit en train de L’apprendre à ses dépends. Conférences, expositions, associations, images, romans... tout cela a l’air bien inoffensif face à L’inéluctable. Mais on se plaît à penser que Yannick Monget — comme tous ceux qui se battent pour Les mêmes droits humains — puisse nous aider à passer ce cap en luttant pour que l’effondrement annoncé se meuve en adaptation anticipée.

 

* entretien réalisé avant le 13/11/15

 

La Semaine

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