Covid-19 / Notre solidarité désormais mise à l’épreuve

14.03.2020

BILLET • Je ne cacherai pas mon agacement ce soir face au manque de civisme des Français qui semblent prendre bien à la légère la situation. Agacé mais pas véritablement étonné malheureusement, les Français étant, c'est bien connu, de véritables têtes de mules.

 

Dérangé par le manque de solidarité et l'égoïsme de beaucoup, notamment l’égoïsme intergénérationnel, cela m'amène ce soir à une réflexion et un constat, le fait que cette solidarité entre générations soit à ce point inexistante dans notre société moderne.

 

On le savait dans le sens adulte > enfants, la crise environnementale ayant mis en exergue ce manque de solidarité des adultes envers les générations les plus jeunes, n'hésitant pas à épuiser les ressources naturelles de la planète et détruire les écosystèmes, au point de menacer jusqu'à l'existence même des générations futures.

 

La nouveauté, cependant, c'est, il me semble, que l'on découvre avec ce #coronavirus qu'il en est de même dans le sens inverse. Il y a quelques jours à peine à #Metz, des milliers de lycéens bravaient ainsi l'interdit pour fêter le #percent. On pourrait arguer de l'innocence et de l'inconscience de la jeunesse... Dans le cas des plus jeunes, je veux bien l'admettre. Sauf que dans cet exemple, le percent annonçant le bac, on est face à des jeunes qui dans les mois à venir seront des adultes et donc des personnes considérées dans notre société comme "responsables". Cela laisse songeur. De la même façon, voir des jeunes de primaire sauter de joie, car l'école est annulée, passe... ne nous en formalisons pas. Mais quand on atteint un certain âge, la fermeture des lycées ne devrait avoir rien de réjouissant. On parle d'un âge où on est capable de comprendre ce qui se passe en regardant les journaux, de voir que la fermeture est due à une catastrophe sanitaire qui affecte de nombreuses personnes et endeuille beaucoup de familles à travers le monde également. Il y a là donc quelque chose de dérangeant dans le fait de voir autant de ces jeunes se réjouir, sauter de joie à ces annonces de fermeture d'écoles, quand on sait ce qui a amené à ce choix. (Vos enseignants figurent d’ailleurs au passage parmi ceux qui ont été les plus exposés, les jeunes véhiculant le virus sans développer de symptômes dans beaucoup de cas. Leur dévouement est donc également à saluer et nul doute qu’ils feront tout pour aider à présent les enfants des personnels soignant). Répétons-le : au risque d’en décevoir certains : Vous n'êtes pas en vacances.

 

Mais cela n'est qu'un exemple parmi d'autres, beaucoup d'adultes agissant de même, prenant tout autant à la légère les recommandations sans se préoccuper de ce que cela signifie pour les générations seniors, les plus impactées. (On pourrait citer l’exemple des rencontres maintenues des clubs de foot entre la France et l’Italie - entre autres -, et l’irresponsabilité des supporters, qui a agacé beaucoup d’entre nous ces derniers jours) alors même que nous étions témoins de ce qui se passait de l’autre côté des Alpes. Je préfère me taire également ici pour ce qui est du choix assumé de certains d’avoir voulu maintenir les #municipales dans ce contexte, faisant passer la politique avant la santé des citoyens alors que son report n’aurait en effet aucunement affecté notre démocratie et encore moins notre économie - puisque c’est là tout ce qui semble intéresser certains.

 

Vous pensez que la France est au-dessus de tout cela et que la situation que connait nos voisins est impossible dans notre pays ? Vraiment ?

 

Le devoir, encore une fois, n'est pas de ne pas se réunir parce que l'on est jeune est donc que l’on ne courre pas le risque d'être durement touché. Le devoir est de ne pas se réunir pour ne pas faire circuler le virus, et participer à sa propagation rapide aux personnes fragiles. C'est ce que l'on appelle la responsabilité, le civisme, est paradoxalement le "vivre ensemble".

 

Si le choix de certains de continuer de se réunir, de sortir, ne les faisait engager que leur propre santé et leur propre personne, alors effectivement, on pourrait passer outre et laisser chacun prendre le risque.

 

Le fait est que ce n'est pas du tout comme ça que cela se passe dans une société. Dans la réalité, le comportement de chacun a des répercussions sur la situation globale. Nous ne vivons pas individuellement, mais sommes partie prenante d’une société, d’une nation et même avant tout d’une humanité (puisque tous les pays de la planète seront concernés d’ici quelques jours). Jamais les liens qui nous unissent tous, quel que soit notre pays, ne seront probablement apparus aussi évidents, même s’il est à déplorer qu’il ait fallut un tel événement pour nous en rendre compte.

 

Continuer de ne pas suivre ces recommandations de quarantaine généralisée, c'est manquer de solidarité envers les autres populations, et évidemment envers le corps médical et toutes celles et ceux dans les hôpitaux qui vont progressivement entrer dans un véritable "état de guerre" (et je pèse mes mots), pour certain au péril de leur vie.

 

Le cœur du problème n'est pas que 98% des personnes n'auront rien, ce qu'il faut comprendre c'est que le virus étant bien plus contagieux et dangereux que la grippe ( arrêtez d'ailleurs la comparaison ridicule avec le virus grippal s'il vous plaît) 2% de plusieurs dizaines de millions de personnes reste un chiffre énormissime au regard de la capacité de nos hôpitaux, et que nous risquons de manquer de lits, matériel et personnel pour soigner autant de monde simultanément. C'est donc in fine mettre en péril la capacité de nos soignants à faire face à cette pandémie.

 

Ne pas respecter ces règles de bon sens, c'est participer à l'aggravation de la situation. Si vous n’êtes pas touché durement personnellement vous aurez probablement été malgré tout un maillon dans la propagation et au final vous aurez contribué à saturer les urgences et les hôpitaux avec une situation qui risque de devenir identique à celle de l'Italie où les patients ne peuvent plus être tous sauvés et traités, et où les médecins sont obligés de faire des choix.

 

Cela dépasse même le pur cadre du coronavirus, car les urgences et le 15 étant saturé, toute personne qui aura la malchance dans les prochains jours d'être touchée par un accident, un AVC, une crise cardiaque, risque tout autant de ne pas être soignée à temps.

 

Ce soir la situation dans le grand Est est par exemple déjà grave. Les services sont déjà en saturation. Alors, prenez vos responsabilités. Suivez les consignes, et pensez aux autres ! Ne vous exposez pas inutilement, et n'exposez pas vos proches. Ne sortez pas si ce n'est pas obligatoire, ne vous réunissez pas si vous pouvez faire autrement. Entraidez-vous au contraire, et soutenez ceux qui en ont besoin.

 

Cette crise est grave.

 

Certes ce que l'on vous demande n'est pas agréable. Ça ne l'est pour personne. Cela semble une sorte de cauchemar irréel pour beaucoup d'entre nous dont une partie trop importante ne perçoit pas la gravité de ce qui se joue et n'arrive pas à comprendre en quoi ne pas suivre les directives est un manque de solidarité.

 

Cela pourrait être pourtant bien pire, croyez-moi. Le virus aurait pu être autrement plus létal, et nous pourrions être dans un pays bien moins préparé (la situation dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis inquiète en effet à juste titre).

 

Alors ce sacrifice, il est accessible. Cela ne va nous tuer de changer quelques semaines notre mode de vie. C'est même tout le contraire. Cela sauvera des vies, cela aidera les urgentistes, cela nous aidera à passer cette épreuve collectivement.

 

Car la réponse à ce genre de crise ne peut qu'être collective comme l’a très bien expliqué le Président de la République. Il en va de la tournure que prendront les événements dans les trois semaines à venir. Trois semaines qui seront décisives après quoi, théoriquement, le pic épidémique devrait être passé en France avec une situation qui s’améliorera alors progressivement pendant plusieurs autres semaines.

 

Alors soyons sérieux, disciplinés, responsables et... solidaires.

 

________________

 

Note (ajoutée le lendemain matin) : le fait que partout en France de nombreuses fêtes aient été organisées dans les bars et restaurants cette nuit, par de nombreux citoyens* à l’annonce de ce couvre-feux qui durera plusieurs semaines, ne fait malheureusement que confirmer mon triste constat sur l’égoïsme et l’irresponsabilité qui semble prédominer au sein d’une part importante de la population. Les médecins, soignants, et malades apprécieront ce dernier “geste solidaire”.

 

* Vous comprendrez que l’appellation “citoyen” n’est peut-être pas bien adaptée ici.

 

 

 

 

Please reload

NOUS SUIVRE

© 2018 SYMBIOM Grp . Tous droits réservés